Dans les réserves secrètes de la bibliothèque se tient un sombre tribunal d’instances littéraires. Un juge peu amène y décide du sort d’un roman jugé trop vieux, trop abîmé et pas assez emprunté. Une ancienne lectrice se présente à la barre pour prendre la défense d’Amour Zardente, ce livre qu’elle a tant aimé et qui vient d’être “désherbé” par les agents désherbants de la bibliothèque. Elle vient témoigner des bons souvenirs passés en sa compagnie, de la nécessité de ce livre dans sa vie. Un avocat vient étayer ce témoignage et tente de trouver des circonstances atténuantes à Amour Zardente. Mais le procureur finit immanquablement par rappeler à la cour les circonstances aggravantes qui justifient la comparution d’Amour Zardente devant ce tribunal. Le suspect est renvoyé à sa vieillesse, à son manque de tenue et son laisser-aller. Quelle sera la sentence pour ce livre en fin de vie ? Le juge prononcera-t-il la peine capitale : l’envoi au pilon ? (le procureur ne manquerait pas de s’écrier I.O.U.P.I. !).

Ce monologue a été écrit pour répondre à la demande d’une médiathèque qui souhaitait organiser une médiation autour du désherbage. Cette petite forme théâtrale donne à entendre de multiples arguments afin que chacun puisse se faire sa propre opinion. Le ton de la pièce est volontairement comique, tant le sujet, délicat, peut susciter des élans passionnés auprès des usagers, des professionnels et des élus. « Au pilon ! » ouvre le débat et invite à la discussion !

“LE JUGE : Veuillez décliner votre identité.

LE LIVRE : Nom : Amour Zardente. Mère : Marmara Barblante. Déposé légalement : le 27 mars 1967 à Cliveland. Paru aux éditions Harlequinon, collection « Rouge passion ». Traduit en français par Cathy Charançon. Mr le président, je ne veux pas finir au pilon…

LE JUGE : On ne vous a pas demandé votre avis concernant la sentence ! Amour Zardente, il vous est reproché de ne pas avoir été emprunté depuis plus de 6 ans. 6 ans et pas un seul emprunt, rien ! Vous n’intéressez plus personne ! Sans compter que vous prenez de la place sur nos étagères. Vous avez donc été desherbé par nos agents désherbants, en attente d’une comparution devant notre tribunal d’instances littéraires…

L’AVOCAT : Mr le président, mon client, je tiens à vous le rappeller, a tout de même fait frissonner plus de 23 lectrices depuis son intégration à la bibliothèque en 1967. Mr Amour Zardente les a accompagné dans leur quotidien et parfois même dans leur solitude. Car la plupart de ces lectrices étaient, selon nos statistiques (et je porte cette information à votre connaissance), des célibataires endurcies voire des veuves épleurées. Ce roman, qui porte en lui la tare honteuse d’être parfumé à l’eau de rose, a été pour toutes ces femmes esseulées un véritable compagnon de chevet. Amour Zardente leur a rendu l’existence plus douce ou tout simplement plus acceptable. Amour Zardente les a fait rêver… Amour Zardente les a fait vibrer…

LE PROCUREUR : Objection Mr le Président ! Nous n’avons pas à prendre en compte les répercussions de nos collections dans la vie quotidienne de nos lecteurs. L’un des griefs portant accusation à l’encontre de Mr Zardente concerne certes le nombre d’emprunt (en chute libre depuis plusieurs années) mais ce n’est pas l’unique chef d’accusation. Je veux parler, bien entendu, de la condition physique de Mr Zardente. Regardez-le ! Aucun maintien ! Aucune dignité ! Papier jauni, pages cornées, reliure plus qu’approximative… Regardez-vous, Mr Zardente ! Vous n’êtes plus à la page mon vieux ! Vous faites honte à la réputation de notre bibliothèque !”

Au Pilon !, de Julien Bucci
Se procurer le livre, publié aux Editions du Net

Au pilon, de Julien Bucci

Livres hebdo (19/04/2013)
« Julien Bucci met en scène le pilonnage des livres en bibliothèque. >L’auteur et comédien propose une brève comédie pour dépassionner la mise au pilon. Entretien.

Livres Hebdo : Qu’est-ce qui vous a amené à créer ce spectacle ?

 Julien Bucci : J’ai écrit ce texte en octobre 2010 pour la médiathèque d’Haubourdin, près de Lille. Pour ses journées portes ouvertes, la médiathèque souhaitait sensibiliser le public aux métiers du livre, jusqu’à l’étape du désherbage. Elle a donc fait appel à moi pour réaliser un spectacle. Je me suis documenté sur les critères dits « IOUPI » (pour sélectionner les livres « incorrects, ordinaires, usés, périmés, inadéquats »). La forme de cette pièce judiciaire reste légère, le but étant de dédramatiser le désherbage et surtout la mise au pilon.

Livres Hebdo : Quelles sont les réactions du public ?

Julien Bucci : Le désherbage est une question sensible, pour les professionnels comme pour les lecteurs. Des spectateurs de la pièce sont souvent outrés par le fait que des livres partent au pilon. Les livres de bibliothèque appartiennent d’une certaine façon à tout le monde, ils ont une dimension symbolique forte : ils incarnent un moment de vie et sont donc moins faciles à jeter. Ainsi, lors d’une représentation en Belgique, une dame m’a dit : « Il existe près de Namur un lieu-refuge pour les vieux livres. Cela me fait du bien de savoir qu’ils sont là-bas. » A chaque rencontre, je ressens ce débat. C’est une question passionnante et complexe, qui questionne notre rapport au matériel.

Livres Hebdo : Ce spectacle est-il engagé ?

Julien Bucci : Je ne pense pas prendre parti pour ou contre le pilonnage, car je veux justement dépassionner la chose. A la fin de la pièce, je dénonce cependant – via la réplique d’un avocat – la surproduction éditoriale. Il y a de l’ultra-libéralisme aussi dans ce domaine. Or, pour les bibliothèques, un livre qui rentre équivaut à un livre qui sort. En fait, quand un livre est vraiment en mauvais état, il faut objectivement le jeter. En même temps, je trouve cela beau qu’un livre ait une seconde vie. Dans ce spectacle, je veux surtout montrer mon amour des bibliothèques. »

La Voix du Nord (18/04/2013) « Au pilon ! » ou comment « désherber » les bibliothèques. 
Deux représentations théâtrales ont été organisées la semaine dernière à la médiathèque. Intitulées « Au Pilon ! », elles ont été l’occasion d’aborder avec légèreté et humour le problème du désherbage en bibliothèque.Oui, du désherbage… C’est-à-dire l’action de trier et de jeter les vieux livres. À travers plusieurs personnages qu’il a inventés, Julien Bucci, de la Cie Home Théâtre de Lille, nous propose un tout autre regard plein d’humour sur la question. « J’ai pu constater que cette banale action de jeter pouvait être vécue difficilement par certaines personnes. C’est un sujet sensible, qui est aujourd’hui un problème : faut-il ou non jeter les anciens livres ? », pose-t-il. Pendant près de trois quarts d’heures de spectacle, le public a découvert le jargon professionnel utilisé par le personnel des bibliothèques. Il est également désormais incollable sur les différentes étapes de ce qu’on appelle le désherbage.

La Voix du Nord (04/07/2012)
Foire aux livres à la médiathèque : des milliers d’ouvrages sauvés du pilon ! C’est peu de dire que la première foire aux livres organisée par la médiathèque d’agglomération de Cambrai fut un succès : entre sept et huit cents amateurs ont franchi le porche menant au théâtre de verdure pour faire l’acquisition de plusieurs milliers de livres qui étaient destinés à être détruits. (…) David-Jonathan Benrubi, directeur de la médiathèque, s’était mué en véritable camelot pour faire en sorte qu’un maximum de bouquins ne finissent pas au pilon. Ses collaborateurs ne ménagèrent pas non plus leurs efforts pour faire de cette première foire aux livres une grande après-midi festive. Plusieurs milliers d’ouvrages ont ainsi trouvé preneurs. Pourtant, rien ne présageait un tel succès… « Le paradoxe, faisait remarquer le directeur de la médiathèque, c’est que la majorité de ces ouvrages n’était plus empruntée depuis des années ! Aujourd’hui, certains lecteurs se les sont presque arrachés ! » La fête fut d’autant plus belle que le Cambrésiens eurent droit à deux représentations théâtrales avec un Julien Bucci en très grande forme. Le temps d’un formidable réquisitoire, il a donné vie à une galerie de personnages pour clamer haut et fort qu’il n’y a pas sur les livres de date de péremption, et qu’à ce titre, ils ne peuvent être comparés à des fromages blancs !

Nord littoral (27/05/2012)
Pour l’anniversaire de la médiathèque, le livre se montre théâtral et photogénique. Pour son anniversaire, la médiathèque de Calais a entamé hier une série de représentations et d’expositions. Une journée marquée par une lecture performance irrésistible du comédien Julien Bucci. Hier matin, 11h. Julien Bucci dévoile une partie des coulisses du travail de bibliothécaire et de la terrible épreuve du « Pilon ! », ou quand un livre est jeté au pilori parce qu’il faut faire de la place. « Sous couvert d’objectivé, il y a beaucoup de subjectivité. Il y a des arbitrages intéressants, parfois houleux parce que l’objet livre est riche en symboles, quasi anthropomorphique même. » En Belgique, il existe une bibliothèque qui récupère les livres en fin de vie. « Une dame m’a confié qu’elle était rassurée qu’ils soient là, comme s’il s’agissait de quelqu’un de la famille. » Le spectacle commence. Monsieur Zardente doit répondre devant un tribunal de son impopularité. Le personnage désigne un livre « Amour Zardente » inventé par le comédien, un genre de roman à l’eau de rose empreint d’un style ampoulé. Le procureur accuse « l’oeuvre » d’être en chute libre – aucun emprunt depuis plus de six ans ! », d’avoir une condition physique négligée, faisant honte aux lieux. Un passage du récit est lu à la barre : « Le soleil illuminait les cheveux d’Ashley. John la regardait ardemment. Irradiez-moi… ». Éclats de rires. Julien Bucci se met dans la peau d’une ancienne lectrice, une dénommée « Fleur bleue » passionnée par ce roman. « Si vous n’en voulez plus, j’aimerais bien l’adopter… » Nouveaux éclats de rire dans la salle. Julien Bucci passe d’un personnage à l’autre avec beaucoup d’aisance. Le procureur poursuit son réquisitoire et maintient ses attaques : « Vous n’êtes plus à la page mon vieux ! Vous avez eu votre temps de gloire. Laissez la place aux jeunes ! Est-ce que vous avez idée de tous ceux qui poussent derrière ? Je réclame l’exécution immédiate de la peine capitale et la mort du livre par déchiquetage ou incinération. » La méthode IOUPI a parlé. Le livre est Incorrect, Ordinaire, Usé, Périmé et Inapproprié. Le désherbage est de mise. Julien Bucci joue avec les mots, s’appuie sur la réalité du monde livresque qu’il se plaît à pasticher.

Julien Bucci

Comédien, auteur

Créateur de liens, auteur et comédien, Julien Bucci a fondé à Lille la Cie Home Théâtre dont le projet se consacre à l’oralité et à l’écriture, dans une démarche de transmission auprès d’un large public. Acteur de la lecture, animateur de l’écrit, il intervient en tous lieux pour partager sa passion de l’écrit. Il propose notamment des interventions à visée biblio-thérapeutique en milieu de soins, convaincu que les mots peuvent « prendre soin » et relier. Auteur de plusieurs recueils de poèmes publiés par les éditions La Boucherie littéraire et la Chouette imprévue, il milite activement à la diffusion de la poésie contemporaine. Il est le créateur et directeur artistique du Serveur Vocal Poétique

Photo:Dorothée Sarah

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Objet : monologue théâtrale écrit par Julien Bucci, lu par l’auteur
Durée : 30 minutes (performance jouable plusieurs fois de suite), suivi d’une discussion
Public : tout public à partir de 12 ans.
Technique : spectacle autonome techniquement, jouable en tout lieu.

Tarifs : 
- pour 1 représentation : 452€ HT / 476,86€ TTC (TVA 5,5%).
- pour 2 représentations sur le même lieu, le même jour : 790€ HT / 833,45€ TTC (TVA 5,5%).
- pour 3 représentations sur le même lieu, le même jour : 1080€ HT / 1139,40€ TTC (TVA 5,5%).
Hors frais de transport A/R depuis Lille pour 1 artiste.

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